Le rôle des barons d'Attinghausen lors de la construction du mur de Gamsen
De par ses tours, ses créneaux et ses portes, le mur de Gamsen est sans conteste un mur de défense. Il existait par ailleurs à Gamsen d'autres murs de protections contre la rivière Gamsa. Ceux-ci datent du début du XIVe et du XIXe siècle. Ainsi le mur eut une fonction double pendant des siècles.
Avant la construction du mur de Gamsen, il y avait déjà surtout en Suisse centrale (Arth, Näfels, Morgarten, Brünig, etc.) des murs servant à la fois de défense et de barrière. Ainsi il se pourrait que l'idée d'un tel mur ait été empruntée à cette région.
A l'époque de la construction du mur (1352-1355), les Uranais, et en particulier Johannes d'Attinghausen, Landammann d'Uri,
jouaient un grand rôle dans la politique des dizains supérieurs.
Sous Werner II (1264-1321) et son fils Johannes (1330-1358/59), les Attinghausen devinrent une famille noble importante dans le canton
d'Uri. La famille atteignit son apogée sous Johannes. Celui-ci menait avec détermination une politique axée sur les droits de douane et
le trafic transalpin qui visait aussi le Simplon.
La prise en charge du péage impérial de Flüelen par les barons d'Attinghausen en 1337 peut être considérée comme le point de départ de
la politique économique et de celle du trafic transalpin au Gothard.
Johannes apparaît en Valais d'abord en tant que propriétaire foncier dans la vallée de Conches (Ernen). Par la suite, il épousa la
soeur de Johann von Simpeln (Ursula), major de Simplon. Par le biais de ce mariage dans une des familles puissantes du Simplon, les
Attinghausen obtinrent de l'influence sur ce col important à l'époque.
Finalement, c'est exactement au moment de la construction du mur de Gamsen (1354) que Johannes est nommé "rector terre Vallesiae a
Vespia superius" dans les documents. Il fut donc administrateur et protecteur des dizains situés en amont de Viège, donc en amont du mur.
Ces faits ne suffisent pas à prouver que Johannes d'Attinghausen ait ordonné la construction du mur. Cependant sa politique concernant le mariage et la propriété de biens ainsi que ses titres poussent à conclure que Jean fut consulté quand la décision fut prise de construire le mur. Peut-être fut-il même coresponsable.
Le mur protégeait donc les dizains qui n'étaient pas prêts à se soumettre aux comtes de Savoie. Dans cette dissension ressemblant à une guerre civile et opposant les dizains supérieurs aux dizains inférieurs, le mur tenait le rôle d'une ligne de démarcation. Il séparait les dizains espérant l'aide de l'empereur et traitant avec lui de ceux concluant des pactes d'alliance avec les Waldstätten et faisant confiance à Johannes d'Attinghausen. A l'époque de sa construction, le mur représentait ainsi une sorte de frontière territoriale délimitant le domaine d'influence de Johannes d'Attinghausen par rapport à celui des comtes de Savoie et de l'empereur.